La Duchesse de DALMATIE
      Instigatrice et Bienfaitrice de la salle d'asile - École des Filles

"Je laisse à mes deux filles la maison de Varennes qui est occupée actuellement par l'école des filles, dirigée par les sœurs de Saint-Aignan d'Orléans.
Je tiens à ce que l'œuvre que j'ai établie pour donner aux enfants de Varennes et de Changy une éducation religieuse soit continuée après moi. D'autant plus que le mérite de cette œuvre ne m'appartient pas exclusivement.

Mon amie, Madame Adèle de WARU 1 a voulu contribuer et a laissé en mourant
une somme de cinq mille Francs que j'ai employée à acheter le terrain sur lequel a été bâtie la maison actuelle, car la maison qui existait à l'époque de l'acquisition n'était qu'une masure."
(Extrait du testament de Madame la Duchesse écrit en 1876).

En fait, il semble que cette masure a été achetée par Monsieur le Duc, au nom de la communauté, le 12 novembre 1855 au sieur
Antoine BELAMY
.
A la place de
la masure il fut construit:
-    
Un corps de bâtiment en pierres, couvert en tuiles, se composant d'un rez-de-chaussée qui comporte une cuisine, une salle à manger et deux salles de classe. Et d'un premier étage comportant un couloir, quatre chambres trois petites et une grande.
-    Un autre bâtiment en pierres en retour et d'équerre au nord de la première construction fut également bâti et utilisé en dépendances.
Actuellement, le premier corps a conservé le même aspect. Il a toutefois perdu de sa longueur, environ 6 mètres, soit l'équivalent de 2 fenêtres à chaque niveau.   

                                                                       École de St Aignan
Ce bâtiment fut confié aux Sœurs de Saint-Aignan, pour le plus grand bien de Varennes et
de Changy.
Monsieur l'abbé Jean Baptiste Charles PATRON, dans son "Dictionnaire des communes, tome II", imprimé, en 1869, page 229, le qualifie de "bel établissement".

"l'école des filles et l'asile est dirigée par les religieuses de Saint Aignan dans le bel établissement fondé par M le duc et Mme la duchesse de Dalmatie. La confrérie de la Sainte Vierge, les associations de persévérance, les fêtes des corps d état sont établies dans cette paroisse . Les religieuses des écoles vont secourir les malades à domicile dans les deux communes de Varennes et de Changy"

Il sera fréquenté par toutes les filles scolarisées pendant plus de quarante ans.
Les registres des conseils municipaux nous informent sur l'évolution de cette institution. Le 22 mai 1855, le Conseil de Varennes, évoquant la question relative à la création d'une école spéciale de filles, déclare "ne pouvoir à cet égard prendre aucune détermination désirant auparavant se renseigner sur l'étendue des charges qui incomberaient à cette création et connaître les subventions tant annuellement que présentement".
L'initiative de la Duchesse tomba donc à un point nommé.

L'école fonctionnait en 1861 puisque le 18 février, le maire de Changy François RAGU explique à son conseil les difficultés qu'il rencontre avec le maire de Varennes Marie Charles Ludovic LEFEBVRE au sujet du traitement des sœurs institutrices.
"Changy étant réuni à Varennes pour l'instruction primaire doit
coopérer pour le traitement des sœurs".
Mais le maire de Changy n'accepte pas de payer la moitié des frais, justifiant que sa population répartie dans des hameaux dis­tants, comme La Ragerie à 4 km, La Chaîne à 5 km ou La Paurolle à 5,5 km, ne peut bénéficier d'une aussi bonne scolarisation que Varennes qui a au moins la moitié de sa population dans son bourg.
Sans doute la très rapide évolution des lois sur l'enseignement à cette époque conduira-t-elle le 18 septembre 1877, le conseil municipal de Varennes (après avoir reconnu la générosité de la Duchesse de DALMATIE qui met à la disposition de la commune son école de filles) à délibérer et à déclarer cette école: communale et publique. Il accepte avec reconnaissance l'offre généreuse de Madame la Duchesse et est d'avis, à l'unanimité, que cette salle soit dirigée par une sœur de l'Ordre de Saint-Aignan, c'est à dire une congréganiste.
(Registre municipal 18 septembre 1877 2)

Ce seront Monsieur le Maire et Monsieur le Curé qui établiront annuellement la liste des enfants de familles indigentes admises gratuitement dans la salle d'asile.
En août 1882, le conseil de Varennes, afin de permettre à la salle d'asile d'être reconnue par l'état, est prêt à l'unanimité à engager une femme de service rémunérée par la commune. (Ce qui semblait être la condition nécessaire).
De 1883 à 1890, la nouvelle école des garçons (toujours en service actuellement) est mise en chantier et réalisée route de Nogent-sur-Vernisson.
Et, en décembre 1897, alors qu'on vient d'acheter du matériel de couture pour l'école des filles, le préfet prévient: "L'école des filles est susceptible d'être laïcisée plus ou moins prochainement". Il s'inquiète des moyens que le conseil pense prendre pour parer à cette mesure.
Ce dernier, décide "d'attendre les évènements..."
Les volontés testamentaires de la Duchesse seront respectées car en février 1899, le conseil reconnaît qui "il est impossible d'obtenir du propriétaire la location des locaux occupés par l'école des filles".
Alors la municipalité de Varennes, endettée par la récente construction de l'école des garçons décide d'attendre une occasion favorable pour l'achat d'un terrain.
L'attente ne sera pas longue, les tensions divisant la population entre cléricaux et laïcs sont telles à cette époque que le terrain pour la construction d'une école de filles, route de Lorris, sera acheté en 1901
, les devis acceptés en 1902, l'école ouverte en 1904.
C'est à ce moment-là que les sœurs quittent Varennes. Le curé à l'aide d'une institutrice privée, gérera l'école. L'abbé André d'ISLE prêtre à Varennes, sera remplacé par l'abbé Georges BAUDU
(°1883 †1974) en 1927. On peut situer à ce moment la fermeture de l'école.
Précisons que dans cette salle d'asile se déroulaient de nombreuses fêtes et activités culturelles.
Ce fut la salle où le repas donné à l'occasion de l'inauguration du buste du Docteur DENANCE fut servi.
Le bâtiment a été vendu avec la propriété de Changy par les héritiers de la Duchesse de DALMATIE, en 1920 à Monsieur Mathieu BERGOUGNAN 6, qui le cédera à son tour en 1925 à Monsieur l'abbé d'Isle  
(°1880 †1951), André d'ISLE de Beauchaine curé de Varennes, responsable de l'école.
Après sa fermeture, l'école restera inhabitée plusieurs années et enfin vendue en 1937 à Monsieur Gaston BOUSSANGE; elle était alors en très mauvais état.
La tradition verbale nous apprend que cette asile aurait servi en 1870 d'hôpital pour les blessés de la guerre, et que c'est l'un d'entre eux, décédé à Varennes, qui fut choisi en 1898 pour être le "soldat de 1870", inhumé dans une "tombe du souvenir", qui malheureusement n'existe plus.

Réferences:
1. Adèle LAURENS de WARU née DELAHANTE
(°13 janvier 1819 †31 octobre 1853)

2. Registre municipal de Varennes 18 septembre 1877

L'an mil huit cent soixante-dix-sept le dix-huit septembre le conseil municipal de Varennes s'est réuni extraordinairement en la salle de mairie sur la convocation de Monsieur le Maire et part autorisation de monsieur le sous-préfet de Montargis en date du 12 septembre 1877.

Présents :  MM Belamy, Bonneau, Gié, Poitou, Marois, Marchand, Dupont, Denance, Vauvelle et Beauvais (Maire)
Absent :  MM Bossez  et Fournier.

Monsieur le Maire ouvre la séance et fait procéder à la nomination d'un secrétaire.
M Vauvelle ayant réuni la majorité des suffrages et accepté cette fonction, prend place au bureau.

M Le Maire expose au conseil que Mme la Duchesse de Dalmatie a eu la générosité de faire construire une salle d'asile qu'elle met à la disposition de la commune de Varennes.
Que le Conseil est appelé à délibérer au sujet de cette salle d'asile pour savoir s'il y a lieu de la déclarer communale et publique.
Le conseil après avoir délibéré, déclare accepter avec reconnaissance l'offre généreuse de Mme la Duchesse de Dalmatie et est d'avis à l'unanimité
1° Que cette salle d'asile sois communale et publique et qu'elle soit dirigée par une sœur de l'ordre de Saint-Aignan d'Orléans c'est-à-dire une congréganiste
2° Considérant que la commune n'a aucune ressource disponible pour former le traitement de la directrice et qu'elle ne pourrait y pourvoir qu'en s'imposant extraordinairement, est aussi d'avis à l'unanimité que les enfants des familles aisées paieront un franc par mois, et que les enfants des familles indigentes ne paieront aucune rétribution, sauf à demander à l'état et au département pour compléter le traitement de la directrice. Fait et délibéré en séance …. et ont signé les membres présents
.



Patrick PINON 19/12/2021

Varennes-Changy

Début

Marie Desprez